Mon premier coup de gueule... Réaction acerbe et amère aux
mangas qui sortent en masse ces derniers temps et plus particulièrement les
joseis et shôjos "matures".
Qu’est-ce qu’un josei ?
C’est ce nouveau genre tout droit venu de la planète Japan
évidemment, des shôjos (mangas pour fille) qui s’adressent à un public féminin
plus adulte (enfin !). Parce qu’évidemment la fille de 20 ans que je suis en a
un peu marre des lycéennes qui rougissent au moindre effleurement du petit doigt
d'un garçon ou des histoires se finissant avec un vulgaire bisou (même pas avec
la langue... je sais, c'est nul). Cela traite donc de sujets plus "adultes", les
filles vont souvent plus loin (en général quant on a entre 20 et 30 ans, la
relation s’arrête rarement aux petits bisous du collège) et leurs aspirations
professionnelles et sentimentales sont souvent bien au-delà d’une simple
amourette de lycée (edit : ok, j'exagère peut être un peu, c'est souvent l'amour
avec un grand A et quand l'héroïne n'est pas trop cruche et le scénar
intéressant, j'ai tendance à y jeter un œil ^^).
Pourtant, tout avait bien commencé, Pika nous faisait découvrir
les tribulations de Shigéta dans « Happy Mania », Kurokawa
les « Kimi wa
Pet », Akata les Mari Okazaki &
les Yazawa (je pense
particulièrement à Nana qui par les sujets traités s’adresse à un public féminin
plus mature même si ça a un peu dérivé en soap... enfin, ça reste un shôjo quand
même hein) et mon petit coup cœur Panini et les Yuki Yoshihara.
Qui est Yuki Yoshihara ? Une auteure de shôjo (à tendance josei) complètement
barrée qui nous propose des histoires coquines (interdites au moins de 16 ans)
absolument délirantes.
Déjà enchantée par sa première œuvre, Ai
Suru Hito. La deuxième, Darling
nous fait découvrir le quotidien d’un couple marié dans tous ses détails même
les moins politiquement corrects : professionnel, relationnel et bien évidemment
(sinon c’est pas drôle) sexuel. La femme est ainsi une folle à lier dont toutes
les actions semblent déterminées par ce qu’elle fera au pieu avec son gars en
clair c’est une obsédée du cul (et ce qu’il y a devant), le mari est souvent
réduit au simple rang d’objet sexuel ou de femme de ménage, et l’entourage est
absolument délirant, le père de la jeune fille dirigeant un bar de travesti. Le
duo Setsuko/Kyusuke, par la profondeur de l'amour qu'ils se portent, n'en reste
pas moins attachant.
Eh oui, fini le temps de la femme de maison attendant
joyeusement son gars le balai dans une main et le bon petit plat dans l’autre,
Setsuko, contrairement à sa fée du logis de mari, ne fout absolument rien, ce
qui n’est d’ailleurs pas plus mal (un peu effrayée à la perspective de la voir
au fourneau). Vous trouvez que c’est n’importe quoi ? Moi aussi et c’est pour ça
que j’adore.
Autre coup de cœur, je ne cesserais de le répéter jusqu’à ce
que tout(es) mes ami(e)s l’aient dans leur bibliothèque, « In The Clothes
Named Fat » de Moyoco Anno, l’auteur d’Happy Mania, c’est
l’histoire de Noko, 23 ans, ronde (j’adore les euphémismes) qui croit qu’entamer
un régime et donc se rapprocher des corps parfaits (le plus souvent rachitiques)
des magazines de mode, ici assimilés à certaines de ses collègues de travail,
l’aidera à résoudre ses problèmes, on suit donc le parcours (à ce point là, ça
serait plutôt la descente aux enfers) de la jeune femme... Et pour reprendre une
citation d’Amazon : « Avec cette histoire, Moyoco Anno nous propose une
réflexion ironique sur une société de consommation qui dicte ses normes en
ignorant le droit à la différence ».
Cette œuvre m’a ainsi permis de percevoir l’auteur d’un œil
complètement nouveau (je sais que c’est assez cliché mais cela résume bien ma
pensée), et pour l’occasion je me suis même relu les Happy Mania, que j’avais
trouvé assez fade la première fois et allez savoir pourquoi maintenant j’adore…
Je n’ai certes pas accroché sur toutes les œuvres citées plus
hauts mais j’admets volontiers qu’elles ont au moins le mérite d’être
intéressantes.
Cette nouvelle année a donc vu débarquer des joseis d’une
qualité incontestable mais aussi des œuvres au contenu plus... discutable dont
le marché du manga et de la BD en général aurait certainement bien pu se
passer.
Les éditeurs contents d’avoir trouvé un nouveau filon se sont
mis à nous sortir tout et n’importe quoi, bon évidemment j’exagère peut être un
peu… mais commençons déjà par la super œuvre de la mort qui déchire sa race, «
L’amour à tout prix » de
Minami Kanan, titre franchement mauvais pour un manga qui l’est encore plus.
L’histoire : Prenons une fille au caractère, au premier abord,
assez affirmé : elle fait du karaté, c’est peut être futile mais il n'en faut
pas beaucoup dans certains mangas… quoique j’aurais du me méfier après la phrase
« Seri, tu t’es fait un brushing ? », qui rencontre un super beau gosse (c’est
pas un shôjo sinon ?!), un bad boy de mes deux qui fait craquer toutes les
filles, il n’en suffit de pas plus pour que la merveilleuse jeune femme se
transforme en cruche, sosie manga de Paris Hilton (je la hais, je la
hais, JE LA HAIS), genre je tente de te violer et la
minute d’après tu fais comme si de rien n'était, d'ailleurs d'après certains
échos toute la série oscille entre attouchements sexuels non désirés et viol… A
vous de voir si vous la trouvez toujours digne d'intérêt.
Autre œuvre sortie il y a à peine quelques jours : Royal 17 de Kayono
Une pouffe, au portefeuille à faire pâlir Bill Gates, rencontre
un super beau gosse, bad boy et insensible donc craquant, et que je m’enfuis de
chez moi (ses parents l'ont fiancée à un mec qu’elle déteste), que je te saute
dessus sur la banquette d’un fast food (le fantasme de toutes les
japonaises...), que des bad boy super moches tentent de me violer, que bad boy
super beau gosse vienne me sauver, que je devienne ton objet sexuel… et tout ça
narré de la façon la plus niaise possible. Admirons donc cette œuvre d’une
profondeur incontestable.
De toute façon, je n’en attendais pas plus des joseis version
Akiko…
Parlons ensuite d’une des pires mangakas (du moins celle que je
déteste le plus), Mayu Shinjo, une auteure, qui a très bien compris qu’une
recette qui marche peut se décliner en une dizaine de séries avec le même schéma
narratif, la même histoire MAIS un emballage différent. Un jour, c’est le bad
boy rockeur et la lycéenne cruche, un autre, la fille du proviseur et un lycéen
du même internat avec un constante le mauvais garçon et la pouffe à forte
poitrine.
C’est pourquoi, j’ai eu « l’agréable » surprise de voir
débarquer dans notre humble contrée, Love Celeb chez Akiko
(comme par hasard), qui a n’en pas douter est très certainement la première
d’une longue lignée que nous verront d’ici peu débarquer en France.
L’histoire : une bimbo, blonde à forte poitrine et par-dessus
le marché conne, (et dire que certaines se battent pour faire cesser ce genre de
clichés : après Loana et Pamela Anderson, c’est pas gagné), qui rêve de devenir
célèbre (putain le rêve de toutes gamines de moins de 10 ans !).
Entre un manager un peu pervers, et une célébrité et son
insatiable libido, suivons les aventures de cruche woman au pays du star system
où se pose à chaque page l’insoutenable question « quant est-ce qu’elle va se
faire sauter ? » (parce que par qui, ça on s’en doute dès le premier chapitre).
Enfin bon, ce titre reste tout de même moins indigeste que l'amour à tout prix,
c'est marrant deux secondes puis ça lasse... et il faut bien reconnaître que ça
change "un peu" de ses oeuvres habituelles.
Dernière œuvre à paraître en Février chez ce cher Pika (très
bon éditeur mais pas un de meilleurs catalogues à moins d’adorer les Clamp), je
vous donne le synopsis :
Aïné, jeune lycéenne qui aime écrire, rencontre un jour
Sakuya, le chanteur du groupe Lucifer. Il prend vite conscience du talent
d’écriture de la jeune fille, et lui demande d’écrire les chansons de son
groupe... À condition qu’elles soient teintées d’érotisme ! Aïné hésite parce
qu’elle manque cruellement d’expérience dans ce domaine mais Sakuya lui fait
comprendre que c’est justement l’imagination fertile d’une jeune fille vierge
qui l’intéresse... Elle finit donc par accepter. Très vite, Aïné tombe sous le
charme du jeune homme, mais celui-ci ne voit en elle qu’une collègue de travail.
C’est du moins ce qu’elle pense...
"Loin des personnages purs et chastes des shôjo classiques,
Aïné est une jeune fille de son temps : à la fois romantique et extravertie,
timide et sensuelle. Avec Kaikan Phrase, Mayu Shinjo propose un manga à
fleur de peau, tout en sensualité".
Ben, les éditeurs ont appris à être comiques. Aïné n’est qu’une
pauvre cruche complètement à côté de ses pompes. Kaikan Phrase c’est en fait
l’histoire d’une pucelle effarouchée qui comme toutes les pucelles effarouchées
rêve du prince charmant à qui elle pourra se donner toute entière, elle écrit
des chansons « érotiques » histoire de mettre des mots à ses fantasmes de
gamines, et c’est là que se pointe le rockeur bad boy, qui fait mouiller toutes
les filles rien qu'en arrivant, et qui a tout du chanteur de boys band (Lucifer,
le diable, ça fait genre je suis mauvais).
Et quel devient le passe temps de ce charmant jeune homme quant
il voit débarquer « la pure et chaste » Aïné ? La chauffer sans jamais aller
jusqu’au bout pour qu’elle écrive les chansons les plus salaces possibles, si
bien qu’à la fin, le seul but de la vierge effarouchée, c’est de se faire
sauter. Là, viennent s’ajouter des pestes jalouses qui rêvent aussi de se faire
sauter par le gars, tentatives de viol (Mayu Shinjo restera toujours Mayu
Shinjo)… Et une héroïne au caractère très affirmé (ouin ouin, beau gosse, viens
me sauver de ces pestes, mecs, tout quoi), une fille de son temps (au moins le
Moyen Age). Difficile donc de s’identifier à ce genre de personnages, la seule
fois où elle fait preuve d’une once de caractère, c’est pour impressionner le
gars à qui elle veut donner sa virginité, en l’occurrence Sakuya.
Des femmes se battent encore aujourd'hui pour que certains
gars cessent de penser que les filles se réduisent à une poitrine et un trou qui
n’attendent que leurs [censuré], savoir que ce sont des femmes qui sont capables
d’écrire ce genre d’histoires me choque… Mais pas plus que de me rendre compte
que c’est ce genre de séries que souhaitent publier certains éditeurs.
Publier du manga ne signifie pas sortir tout et
n’importe quoi, il y a encore un paquet d’œuvres intéressantes à licencier (Yamato
Nadeshiko Shichi Henge en tête) et que préfère sortir les
éditeurs ? Ça (je nuance mes propos pour ceux et celles qui auraient
été "outrés" par mon manque de respect)
Edit : je viens de lire les critiques Mangavoraces, et hormis Love
Celeb qui a reçu des critiques relativement positives (comme quoi tout dépend
des goûts et des couleurs), mon avis va plutôt dans le sens des chroniqueurs...
et la venue de Kaikan Phrase (pas encore critiqué car pas encore sorti) ne
laisse rien présager de bon quant aux futures chroniques du manga (edit du 5
avril : ça fait plaisir de voir que la plupart des critiques web, Krinein et
Mangavoraces pour ne citer qu'eux, détruise ce titre ^^).
Edith : La classification se faisant en fonction du magazine de prépublication, on considère L'amour à tout prix, Love Celeb, Kaikan Phrase et Royal 17 comme des shôjos, d'où le rajout du qualificatif "mature" pour éviter de foutre en l'air le thème de mon post... et de montrer que je suis complètement à côté de la plaque.
