Toujours pas de PC (au point où j’en suis, autant attendre
les soldes) et, par analogie, connectée de là-où-je-peux, je reviens
cette fois pour vous (?) présenter un nouveau
manga : un seinen plus précisément dont l'histoire rappellera peut être
à certains tout un tas de
livres d’anticipation
contre-utopiques, écrits en langue anglaise (pour les plus
connus) et prononcés (au moins) une fois par tous (?) les journaleux
depuis
l’ère Sarkosy.
Je n’ai, du coup, pas pu m’empêcher d’effectuer
quelques
comparaisons avec ces célèbres bouquins à l’écriture de cette note. Pas
de
spoils majeurs, ceci écrit.
Bref.
Ikigami -
Préavis de Mort est la dernière série de
Motorô Mase, le
dessinateur de
Heads (pas une super vente pour l’éditeur, à ce
qu’il
parait), toujours en cours chez
Kazé Manga… Un des libraires chez qui je me fournis
m’avait avancé
l’influence Ōtomo (
AKIRA) dans ce dernier (avec preuves et tout).
Mais
devant l’impossibilité de trouver le manga par la suite (oui, enfin,
c’est pas
comme-ci j'avais vraiment envie de l'acheter) et surtout grâce à ma
bibliothèque, je
me suis dit que je pouvais commencer par sa dernière série…
Ainsi, commençons.
L'histoire :
Pays (soi-disant)
occulte ou monde parallèle… Ikigami prend place dans une société qui,
pour faire
comprendre la "valeur de la vie" à ses citoyens, a mis en place un
programme de
vaccination inoculant une micro-capsule qui entraînera, à une date et
une heure
précises, la mort des personnes atteintes entre 18 et 24 ans… Des années
d’expérimentation ont ainsi prouvé l’efficacité de ce dispositif,
faisant
baisser la criminalité de manière significative. Fujimoto est un
fonctionnaire chargé de livrer l'ikigami, aka annoncer aux personnes infectées qu’ils vont
mourir dans 24 heures... Boulot ingrat dont il finit par douter du bien-fondé. Et
c’est justement confronté à ses incertitudes et aux états d’âme des
humains
infectés qu’on se rend peu à peu compte du totalitarisme du régime en
place...
Le (semblant de) développement :
Si le principe rappelle les romans d’anticipation type
1984,
Le meilleur des mondes (vive les progrès
technologiques) ou, dans un registre plus bédéesque,
V pour Vendetta,
Ikigami suit
essentiellement les dernières
heures de ces personnages condamnés à mourir. On y perçoit la peur, les
regrets, la rancœur
enfin toutes ses réactions qui font de l’homme un être imprévisible,
capable du
meilleur comme du pire (phrase un poil clichée, désolée)
. L’empathie dont
fait preuve l’auteur est donc prépondérante et l’ensemble est souvent
très
émouvant.
Face à ce système, Fujimoto, le "livreur", personnage
dont on
suit les états d’âme et les questionnements. Comme dans
1984 et
Fahrenheit 451, c'est un fonctionnaire ; ne
remettant pas (ouvertement) en cause les législations gouvernementales
mais prenant peu à peu conscience de ses dérives ; il est en pleine crise
existentielle (dans
Le meilleur des mondes aussi) et sa vie
sociale semble être au point mort.
Sauf que contrairement à ces bouquins où la société
qui y est
distillée est perçue d’un point vue purement négatif (encore que dans Le
meilleur des mondes…), le choix de se concentrer sur les
personnages directement
touchés par le dispositif offre, à mon sens, un avis moins partisan.
L’auteur
s’emploie ainsi à diversifier les situations et personnages afin de
mieux rendre
compte du système en place. Bien sur, les dérives décrites nous font
tendre vers
le négatif mais certaines histoires ont le mérite de nous donner une
opinion
moins tranchée.
La constante est qu’on n’y retrouve les
manipulations d'un régime apparemment démocratique mais dont toute forme
de rébellion se
solde par de sévères sanctions… Le système y est d'ailleurs ordonné de
telle manière que la réalisation de ces
mesures ne nous
parait, du coup, pas si irréelle ; l'ambiance y est lourde et un vent de
révolte souffle chaque fois plus fort au fil des tomes. Ikigami confirme dès lors son statut de manga
d’anticipation où la contre-utopie naît d'une peur panique pour toute forme d'insécurité... Et comme la plupart de ces bouquins, il est hautement recommandable.
Pour la forme (oui, c’est déjà fini), pas
grand-chose à
écrire sur le graphisme et encore moins sur la (très) bonne édition de
Kazé
Manga. C'est bien, quoi.
À noter qu’il existe un film live sorti chez le même éditeur,
dont j’avais pu
voir l’intégralité lors de
mon
séjour à Angoulême : on n’y ressent beaucoup plus l’influence
1984
(ou
V
pour Vendetta… sorte de sous-1984 en version BD pour ceux qui ne l’auraient
pas lu/vu), il
est aussi très fidèle au manga avec des acteurs
japonais jouant
étonnamment tous
justes (si, si). Les drama addicts remarqueront peut être la présence
d'un des acteurs de l'excellent
Hana Yori Dango dans le rôle principal.
Un passage marrant, cependant, pour ceux qui ont lu
le très
répétitif (et (à mon sens) pas drôle)
Detroit
Metal City, le joueur de folk m’a fait immédiatement penser aux
musiciens de
pop suédoise dont Krauser (le chanteur de DMC) s’évertue à défoncer
(sous-entendus purement appropriés).
Tout ça pour écrire... que Kazé Manga signe, avec Ikigami,
un équivalent plus que
défendable des romans d’anticipation et graphiques parus au cours du
siècle
dernier. En gros, lisez-le.