Un "petit" post rédigé à partir de ce que j'avais écrit sur le sujet associé au forum du site
Suba Furuba... La
note
d'
Aline avait été plutôt enthousiaste,
je le serais un peu moins...
Élu "meilleur manga français" par les lecteurs d'Animeland,
Pink
Diary est ce que certains appellent hideusement un
manfra ou *terme encore plus moche* franga. Dessiné et scénarisé par une
jeune artiste d'aujourd'hui 29 ans, cette série publiée chez
Delcourt a constitué à sa sortie une grande première en matière de
shôjo made in
France.
Et même si l'auteure n'évoque pas grand chose à la plupart
des mangavores, celle-ci n'est pas, pour autant, inconnue du public ; les très
sympathiques
Martin Mystère
(chara-design) et
Totally Spies
(story-board) aux designs très influencés par la BD nipponne témoignant
d'une certaine expérience (au moins) dans le monde de l'animation.
C'est ainsi que suite à
l'opération marquant la sortie du 8ème et ultime volume du "meilleur shôjo français"... d'après l'éditeur
(vu le nombre, c'est pas bien difficile) que je me suis procurée les 2
premiers tomes. Et même si le manfra n'est pas exempt de
défauts, il m'a assez convaincue pour me donner envie de me procurer la suite...
d'occaz'.
Donc l'histoire...
Kiyoko, 16 ans, se réveille après 4 ans de séparation dans la
chambre de Tommy, son ami d'enfance... Enfin ex-ami, le jeune homme ayant
traumatisé pour on-ne-sait-quelle(s)-raison(s) la pauvre adolescente il y a autant
d'années, tellement que rien que le fait de se retrouver en sa présence lui file
la nausée. Mais Tommy ne se démarquant pas de la masse par sa perspicacité, lui
n'y comprend rien et serait, de ce fait, bien content de le savoir. Pour corser
le tout le voilà qu'il lui annonce, en toute innocence, qu'il intégrera le même
lycée qu'elle... bien escorté par sa petite amie.
Commençons par les choses qui fâchent :
L'environnement. L'auteure ayant décidé de jouer
la carte manga à fond, l'histoire prend place au Japon dans une famille
typique du pays. Volonté de ne pas dépayser un lectorat pas vraiment
habitué à voir une histoire se passer hors du pays du soleil levant ?
Ou simple passion pour la société japonaise ? Pas évident d'en saisir
les motivations... Mais, en passant outre le premier tome et ses
suffixes types scantrad qui, à part pour faire genre "on est au Japon",
n'apportaient pas grand chose à l'histoire, je ne peux m'empêcher de
trouver à cette société un air faussement japonais... Le
je-ne-sais-quoi d'occidental peut être, le prénom "Tommy" aussi.
Ajoutons que certains
gimmick propres aux shôjo - les fangirls en puissance et leurs
"kyaa, c'est qui ce beau gosse ? Il est sûrement mannequin, chuis
amoureuse"... entre autres - manquent parfois de naturel et à trop vouloir
coller à l'image manga, elle a tendance à en faire des tonnes.
Et entre des personnages aux réactions parfois excessives
(ça pleure et ça se tape un peu pour un rien), difficile de ne pas sentir
l'influence
Peach Girl
et d'autres shôjo pur soupe... Une Sae puissance 10
et tout un tas de clichés liés au genre étant plus ou moins révélateurs
de l'impact de certains ouvrages sur l'auteure. Citons ainsi, dans leur
ordre d'arrivée, la mère puérile, la petite amie effacée qui manque de
confiance en elle et ne veut ennuyer personne (mais le fait quand
même), miss Sa(e)lope dont l'attitude n'est qu'une façade, la meilleure
amie passive qui a des choses à cacher ou le stéréotype de l'artiste
hyper cool et anticonformiste (alors que sa coupe de cheveux semble lui
avoir coûté bonbon). Et en dépit de l'intelligente évolution de
certains d'entre eux, on regrettera de ceux-ci leur côté trop
caricatural ainsi que quelques rebondissements à la limite du soap.
Mais
même si la série est finalement loin d'être révolutionnaire, celle-ci,
en abordant des thèmes plus... complexes, les affres de l'adolescence,
l'amour et l'amitié évidemment mais aussi d'autres sujets moins
évidents à aborder, n'en demeure pas moins intéressante... du moins se
lit-elle sans déplaisir et avec une certaine envie de connaître le fin
mot de l'histoire. Le tout est relativement bien mené par l'auteure qui
livre un scénario se bonifiant avec le temps (en particulier après le
tome 2) rehaussé par un humour bien dosé et un style graphique
accrocheur (encore qu'il faut aimer), en dépit de certains procédés
shôjoesques - scintillements, pétales de fleurs et tout le tralala -
pas toujours adaptés à la situation.
Du reste, force est de constater que
Jenny semble avoir un esprit moins tordu que ses collègues nippons en ce qui concerne les
relations entre faux jumeaux. Parce qu'entre ceux qui s'aiment et ceux à qui
il leur suffit de mettre une perruque ou de se couper les cheveux pour qu'on les
confonde, on ne peut pas dire que ça respirait l'originalité.
Bref, le résultat est plutôt sympathique mais reste encore trop convenu... En définitive, si Pink Diary n'apporte
au final rien de nouveau à la production manga, celle-ci s'avère
relativement prometteuse pour les futures BD de la franco-mangaka qui,
si elle parvient à éviter les défauts de sa première série, pourraient
bien faire des étincelles.