Toujours pas de PC mais assez de motivation pour rédiger ma petite note du mois ; consacrée, cette fois, à l’un des mangas à succès de
Ai Morinaga, auteure du très… singulier "
Le Vilain Petit Canard" et d’une série chez l’
éditeur du truculent "
Yamato Nadeshiko" (oui, oui, pub éhontée).
Une note aujourd'hui tombée dans l'oubli me permettait d’exprimer quelques réticences suite à l'évolution du
Fabuleux destin de Taro Yamada, la deuxième parution de l'auteure chez
Tonkam. Mais l’arrêt provisoire étant, entre temps, devenu définitif (à moins qu'une bibliothèque bien intentionnée en achète la suite) et ce blog accusant une baisse croissante en matière de notes, je me suis dit qu'il serait peut être temps d'en expliquer les raisons en y mettant les formes...
L’histoire ?
Taro Yamada est ce qu’on pourrait définir comme une machine à Kyyaaah girl : à sa vue, les filles tombent en pâmoison, les garçons le prennent pour modèle, les animaux rêvent de devenir son ami... Bref, il est ce qu’on appelle plus communément un prince. Sauf que le monde entier, ayant pris cette définition au pied de la lettre, lui a attribué une substantielle fortune… Et ce serait - presque ! - vrai si Taro n’était pas un pauvre boursier, aîné d’une famille de 7 enfants et apparenté à un couple passablement irresponsable (une mère inconsciente et un père en vadrouille). C’est ainsi à Taro que revient la charge d’assurer la survie de la famille, cela au prix d’innombrables petits boulots et d’économies draconiennes. Mais, il y a quand même un heureux : son meilleur ami, un riche d'une apparente froideur dont les déboires de la famille semble offrir un brin de distraction. Et il faut avouer que les mésaventures financières de notre héros sont bien à même de combler ses espérances...
Commençons par le point positif :
À savoir, le concept général. À l’instar du
Vilain Petit Canard,
Le fabuleux destin de T.Y apparaît comme une parodie déjantée des mangas pour filles : les personnages ne sont pas ce qu’ils paraissent être et toutes les situations qui pourraient un tant soit peu s’approcher d’un cliché
shôjoesque passent presque immédiatement à la trappe. On évite ainsi : les héroïnes cruches et leurs rêves de princes charmants, les fangirls et leurs rêves de princesses, les beaux ténébreux/héros kawai/intello (
Host Club en donne un panel assez exhaustif) et leurs rêves de popularité ; en bref, la relative (et légendaire) niaiserie caractéristique des
shôjo mangas... Même si contrairement, à ce que beaucoup pensent, ces derniers ne sont pas uniquement composés de niaises se pâmant devant des beaux ténébreux…
Bon, c’est pas faux mais il y a de (nombreuses) exceptions... Donc :
Avec un ado comme héros, un shôjo défiant tous les codes du genre et un
éditeur soucieux de défendre son titre, la bédé est même susceptible d’être remarquée par les éventuels mâââles qui tomberaient, par hasard, dessus. D’autant que les couvertures – notre héros dans des tenues diverses, variées et burlesques, accompagné d’un personnage de la série - sont quand même relativement attrayantes et représentatives du second degré avec lequel il faut lire le manga…
Résumons : T.Y, c'est drôle mais comme il y a bien une raison qui m’a fait arrêter la série, il fait avouer que c’est finalement très (très) répétitif.
Parce que malgré l’absurdité des chapitres, on a un peu toujours le même schéma narratif… Pour les (très) rares personnes qui lisent régulièrement ce que j’écris, les arguments que je m'apprête à utiliser rappelleront un certain "Detroit Metal City"… Il faut dire qu’ils partent tous deux d’un concept très original et se cassent, pour ma part, lamentablement la gueule… Hormis que ça a mis plus de temps dans le cas du Fabuleux destin, et que - qui sait - cela peut miraculeusement s'arranger. Donc, pour résumer, on a :
- Filles amoureuses, énième bévue de la mère (spécialiste pour dilapider les économies familiales), couche de bébé à acheter (rayez la mention inutile). Enfin, un point de départ nous assurant une nouvelle « mésaventure financière » (c’est l’éditeur qui le dit),
- Taro essayant par tous les moyens de gagner de l’argent,
- Soit ça passe, soit on… passe "au chapitre suivant" avec l’espérance que la suite ne soit pas du même acabit.
Car si on ne peut mettre en doute, l’originalité de la série, force est de constater qu’en dépit de passages comiques plutôt efficaces, les chapitres s’avèrent d’une qualité très inégale. Au fil des tomes, la lourdeur et la redondance des scenarii rendent l’ensemble finalement assez lassant. En outre, si les situations cocasses s’enchaînent et que le statut financier de la famille joue aux montagnes russes, après 5 tomes, les personnages n’évoluent pas d’un iota : la mère est toujours aussi inconsciente, T.Y est toujours fidèle à lui-même et son meilleur ami toujours aussi inexpressif.
Sans oublier la récurrente apparition de personnages lourds voire horripilants. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai du mal à prendre certaines situations au 5e degré mais outre la mère à buter, les pseudos filles amoureuses et/ou au courant de l’indigence dans laquelle vit les Yamada mériteraient le même sort…
Finalement, on aimerait que Taro soit un peu bousculé et que le scénario se centre sur autre chose que la bouffe, ses problèmes financiers et sa supposée image de prince… genre - au pif (enfin pas complètement) - il tombe amoureux. Oui c’est classique, mais ça change. Et du peu que j'ai lu de la suite, on peut espérer longtemps.
Graphiquement, pas grand chose à écrire hormis qu’il parait évident que la série est antérieure au Vilain Petit canard, les formes sont moins proportionnées et si on est (très) loin de l’écœurement, c’est quand même (un peu) moins beau.
Quant aux parutions, je dirai qu’en 5 tomes, Tonkam fournit une édition plutôt correcte… Enfin, en passant outre les quelques fautes d'orthographe et les onomatopées traduites de manière (trop) arbitraires ; en gros, ce que le lecteur lambda ne remarque généralement pas.
Soit écrit en passant, il existe un drama avec comme acteurs principaux 2 membres du boys band Arashi (des Johnny’s) qui, sans les cris des fangirls, n’obtiendraient probablement pas le moindre regard. Peu de "chances" aussi qu'il sorte en France, donc si vous êtes bilingue ou... avez "une merveilleuse/x ami(e) japonais(e) pour vous faire la traduction", essayez de voir ce que ça donne.
En définitive, pour peu que vous appréciiez le style Morinaga
(est-ce le fait d'être une non fan du Vilain Petit Canard qui me rend hermétique à son style ?) et que vous n’êtes pas vraiment gênés par la redondance du scénario, vous devriez y trouver de l’intérêt. Et puis, si on considère T.Y comme une suite d’historiettes plus ou moins indépendantes sur lesquelles on se penche de temps à autre pour se détendre, doit y avoir moyen de supporter la totalité de la série. Le problème, c’est qu’avec la masse de mangas et la présence d’autres séries humoristiques offrant de vraies évolutions (
Yamato Nadeshiko ?),
Le fabuleux destin de Taro Yamada me parait en deçà de la production actuelle donc, pour ma part, pas vraiment prioritaire.
À essayer tout de même.