Prenons les États-Unis, intéressons-nous à la ville symbole du capitalisme américain mais aussi (d'après les séries télé) du crime et de la délinquance en tout genre. Donc quoi de plus logique que de soulager des institutions débordées... Et pour le faire ? Des commandos surentraînés, d'autres divisions spéciales, le syndrome bisounours... Non, sur ce coup il n'y a pas de miracles... Un super-héros, alias L'Illustre Machine, un trentenaire qui, à la suite d'un accident, a le pouvoir de contrôler tous dispositifs faisant un tant soit peu appel aux avancées technologiques humaines. Et que penserez-vous si notre cher héros - Mitchell Hundred qu'il s'appelle - au lieu de continuer à défendre la veuve et l'orphelin dans l'ombre comme toutes les générations de super-héros avant lui décidait de lever le masque pour se présenter au poste... de maire de New York.
Développons (un peu)...
Pas de patriotisme exacerbé, ni de discours grandiloquents sur
l'intégrité en politique, ce maire-ci se veut pragmatique et si il se montre
désireux de tenir ses engagements, sa politique de communication est loin d'être
aussi révolutionnaire : un peu de langue de bois, un soupçon de démagogie, de
manipulation des médias avec autant de charisme qu'un Sarkosy (le côté connard
en moins). Seulement, son statut de super-héros et pilier des secours du 11
Septembre, lui ayant permis de se faire élire, il dispose d'un capital sympathie
plus que conséquent. Mais quand on souhaite procéder à des réformes, que des
capacités, obtenues de la plus mystérieuse des façons, nous rangent au statut de
surhomme et que... tout le monde le sait, difficile d'en assumer tous les
désagréments, d'autant que si dans la rue, les criminels ne font aucune pitié,
les politiciens sont peut être bien pires...
Chronique d'un ex super-héros désabusé propulsé maire de New
York (pas de spoils, tout est dans le premier chapitre), Ex Machina nous
entraîne, avec un certain réalisme, dans les coulisses du pouvoir politique
abordant tant de sujets fantastiques que d'autres plus d'actualité. Se
pourrait-il que les géants du comics aient enfin trouvé une série se démarquant
un tant soit peu du genre ? Il semble que oui.
Et pour ceux que cela intéresse... La BD a reçu le prix Eisner
de la meilleure nouvelle série en 2005 et Brian K.
Vaughan celui du meilleur scénariste avec deux autres de ses comics ;
l'auteur travaillant en parallèle sur certains scripts de la série Lost (serait-elle devenue moins chiante... depuis la première
saison ?) et un des arcs de la version comics de Buffy contre les
vampires, le second tome d'Ex Machina étant par ailleurs préfacé par les
célèbres frères Wachowski (Matrix !!!).
Quant au reste... La série compte aujourd'hui 6 tomes, est
toujours en cours et parait au rythme d'un chapitre par mois. En France, après
une première parution en 2005 au prix (inabordable) de 25 €, elle se voit
arrêtée... Avant d'être finalement rééditée, deux ans plus tard, par Panini
Comics au prix de 12 puis 13 €... Mais pourquoi ne font-ils du bon boulot
que pour ce genre de BD ?!
Second comic... Midnight Nation dont la dissolution de la maison d'édition fait que les 3 tomes composant la série ne sont plus disponibles que sur le site de la FNAC à 9,41 € (et frais de port gratos).
Profil du héros : Un classique
David Grey, un inspecteur de police mettant son boulot au
centre de ses priorités. Accumule les heures sup', hygiène parfois
douteuse, abuse de la caféine, bouffe n'importe quoi, mourra jeune.
Sa femme l'a quitté. Sujet probablement en manque, bosse
plus pour oublier, mourra jeune.
Et pas qu'il s'en fout mais le boulot primant avant tout, il ne
se bouge pas pour la faire revenir. Orgueil et dignité mal placés, donne
l'illusion d'aller bien, mourra jeune.
Ce qui se passe :
C'est à la suite du meurtre d'un jeune noir et d'une
interpellation ayant mal tourné qu'il se retrouve propulsé dans
l'entre-deux-mondes et amené à se poser tout un tas de questions... Non, rien à
voir avec le purgatoire.
Développons (encore) un peu...
Pas de politique, ni de super-héros cette fois, juste un homme
seul (ou presque) chargé d'une mission qui déterminera sa survie dans l'espèce
humaine. J'avais un avis assez mitigé à la fin de ce premier tome : parfois
maladroit (conventionnel ?) dans sa manière d'aborder la psychologie des
personnages, certains aspects du scénario me faisaient aussi penser à un des
épisodes de la saison 1 de Buffy contre les vampires. Les fans de la série (ou
ceux qui comme moi ont été marqués par cet épisode) trouveront peut être un air
de déjà vu... Et pourtant on se rend finalement bien vite compte que l'histoire
n'a pas grand chose à voir avec la tueuse en chef des suceurs de sang.
Portrait d'une Amérique faite de laissés pour compte sous fond
de road movie et de références bibliques, Midnignt Nation intrigue, par des
dessins expressifs, un scénario efficace où se mêlent action et examens de
conscience réussissant avec brio à offrir un comic sans temps mort, sortant
assurément des sentiers battus.






